"[...] y-a-t'il une réalité métaphysique derrière tout ce que l'expérience humaine nous propose comme réel ?"

                                                                               Max Planck

En 2009  Bernard d’Espagnat, physicien et philosophe reçoit  le prestigieux prix de Templeton dont la mission est de reconnaître les travaux scientifiques qui apportent une contribution aux « progrès des réalités spirituelles » .

La  rigueur scientifique enrichirait  l’assise d’une pensée universelle et spirituelle.

A l’occasion de la réédition de son livre « A la recherche du réel » Bernard d’Espagnat s’entretient avec Etienne Klein, lui-même physicien et docteur en philosophie des sciences.

En témoignage de son parcours, Bernard d’Espagnat parle simplement de ses années créatives où physiciens théoriciens et physiciens expérimentateurs étaient en relation constante pour approfondir l’approche quantique.

Quel étonnement de voir là, dans ces paroles, si précisément illustré, un mode de fonctionnement en assise sur deux hémisphères qui appartient au cerveau lui-même.

Selon les théoriciens et les expérimentateurs, la « description de la Nature » ne serait pas présente sans cet appui sur les deux modalités : théorique et expérimentale.

De quelle nature est-il question ?

Quelle est la puissance ontologique qui préside à cette approche fondamentale ?

Théoriciens et expérimentateurs : deux dispositions d’un même CERVEAU universel ?

Un des deux hémisphères est dans la réception abstraite d’une information. Côté informationnel. Signifiant. Hémisphère direct. Il est instruit qu’un acte créatif  est initié, il en enregistre la poussée et la guide vers des zones habilitées à traiter et à transformer le message initial en démonstration.

C’est dans l’en face symétrique, c’est-à-dire l’autre hémisphère, hémisphère indirect, qu’a lieu le dépôt du sens recherché. Le signifié.

Un échange latéral d’information et d’énergie s’opère entre les deux.

« L’incessant duo du savoir et du faire » dit Dominique Aubier dans « la Face cachée du Cerveau ».

Hypothèse et observation.

Intuition et action.

Imprégnation et expression…

…parlent de la gestion créative qui a lieu grâce à ce passage de témoin entre les deux hémisphères.

La théorie qui a pour étymologie « science qui traite de la contemplation » est abordée comme connaissance purement abstraite indépendante des spéculations, tandis que l’expérimentation serait acquise par la pratique et la réfutation. Théorie et expérimentation sont complémentaires comme le montre le fonctionnement archétypal du modèle cortical.

Le savoir théorique et le savoir expérimental pourraient être abordés comme fonctionnant en symétrie opposée dans le même bassin mental. La prédiction de l’un ne trouvant son éclosion que dans la précision localisée sur le plan de la démonstration par l’autre.

Sur le plan biologique, le corps calleux (appartenant au néocortex), composé d’un faisceau d’axones permet l’interconnexion des hémisphères, assure par les cellules neurales le transfert de l’information et coordonne énergétiquement les hémisphères.

La puissance prédictive d’une théorie n’apparaît qu’après un cheminement qui en précise la portée. Localisation sur le plan de la pensée.

« L’avènement s’est réalisé en plusieurs poussées vers le dehors » écrit Dominique Aubier.

Inscription dans un temps civilisateur donné.

« Dans l’histoire intellectuelle, tout se produit deux fois, d’abord une philosophie, puis comme science de la cognition. » écrit Jerry Fodor.

Oui ! Si nous comprenons que le néocortex, pris comme modèle premier, est formé de six minces couches traversées par une information énergétisée qui se détend, en deux temps, dans le  « vivant-parlant ».  Nous accédons, par cette voie peut-être, à la  naissance spirituelle et exposée du modèle des modèles à l’œuvre dans l’univers : le cortex.

L’enregistrement d’un fait en deux étapes n’appartient pas à un domaine particulier des productions humaines. Il est l’expression d’un phénomène archétypal logé au sein d’une grande Pensée mais aussi au sein même de l’organisation cellulaire de notre néocortex, pilote des lois naturelles à l’œuvre dans l’univers.

En effet dans le néocortex à six couches, la franche séparation des hémisphères direct et indirect ne se produit qu’à l’entrée du quatrième niveau.

Dans l’imprégnation des trois premières étapes, la séparation du Dedans-Dehors n’est pas clairement distinguée dans le cheminement de l’information. Dans cette phase : expression symbolique ou sacrée. Phase inspirée. Phase encore intuitive. « Portrait » englobant mais aussi…  philosophie.

Dans les trois étapes suivantes l’information continue sa trajectoire mandatée et s’éloigne de la source informée pour explorer les myriades de « visages » proposés et d’interprétations dans une dynamique d’explication des  phénomènes. La posture du discernement scientifique domine. Le règne du quantitatif fait loi.  Le prix de cette radicale différenciation est l’oubli des premiers facteurs d’approche intuitive des lois de fonctionnement. Cycle où le dialogue entre direct et indirect fonctionnait. Pourtant les deux hémisphères sont en relation invisible et nous conduisent vers le moment où l’information du vivant nous invite à reconnaître la source.

Eternel retour dans le sens… nouvelle genèse.

La conclusion d’un cycle revient à la capacité spirituelle de retrouver la source des phénomènes qui en sont issus. Dans cette fin de cycle, l’union des opposites devrait être réalisée comme complémentarité aboutie donnant naissance à un nouveau cycle. Leur complémentarité ainsi que leur conjugaison sont un vrai moteur spirituel. L’Unification est le moteur qui permet la relance d’un nouveau cycle de vie. But de toute recherche de la connaissance.

Ce ne sont jamais les phénomènes qui conduisent les procédures. Dans le vide invisible et informé sous-jacent, une « dense Intention» perce et emprunte des voies de distribution dans le grand cortex cosmique... Toutes les recherches de l’approche quantique sont peut-être la porte par laquelle un nouveau cycle d’approche universelle est possible.

Connaissance initiatique et savoirs scientifiques doivent se conjuguer pour faire naître le germe d’une approche spirituelle des savoirs.

Dominique Aubier dit : « Notre territoire est désormais celui de l’île initiatique reliée au continent du vaste savoir objectif ».