« Nous créons l’événement  que nous voulons observer mais ayant créé cet événement il en découle des effets qui lui sont propres, qui interagissent à la fois sur d’autres champs et sur nous-mêmes »

                                         Michel Randon

La réalité serait-elle en soi une évidence : Une objective effectivité.

Quelle est la place du réel dans la vertigineuse exigence de réalité en soi ?

Le réel serait (ou est) ce qui existe incontestablement, ce qui est là… de toute éternité, infrangible. 

Le réel, une certitude ? : Un « En-dehors » dans la force irréfutable de son indépendance ?

Une existence causale et indépendante de notre perception interrogative existerait-elle donc en soi ?

« C’est un principe de la physique que de supposer l’existence d’un monde réel indépendamment de tout acte de perception, disait Einstein » Manjit Kumar dans « Le grand roman de la physique quantique »

« Ce que nous appelons science affirmait Einstein, a pour unique but de déterminer ce qui est »… 

Etait-ce une externalité qui existerait, radicalement, ontologiquement  indépendamment de nous. Ou bien était-ce une Réalité dans laquelle nous serions inscrits et dans laquelle nous puiserions le principe qui nous fonde comme lecteurs et traducteurs de ce fond immuable sinon transcendant ?

Peut-on nommer cela la réalité du réel ?

Pourtant si le réel échappe à toute représentation et même à tout imaginaire comment pourrait-on alors le cerner par des équations lui offrant ainsi un plan mesuré d’existence ?

Ce réel n’est-il pas déjà un produit de la pensée, qui le pense comme réel ayant toujours existé comme entité inatteignable mais cependant calculable ?

La fixation sur un « matérialisme ontologique » est, aujourd’hui, chahutée.

La notion quantique de réduction du paquet d’ondes lors d’une mesure « obligeait à admettre une influence active de la conscience sur la réalité physique » déclare Etienne Klein.

Le réel ne serait-il pas le saisissement de ce concept par la réalité même qui préside à notre pensée : le cerveau ?

Que faire de cette révolution de la vision, qu’est, depuis plus d’un siècle, l’approche quantique dont le résultat de l’observation serait imprégné de l’expérience active de l’observateur?

L’émergence de la théorie des variables cachées qui permit à David Bohm d’établir à la fois la notion de déterminisme et de non localité ne viendrait-elle pas frôler délicatement la question de l’architecture de notre cerveau ?

« Pauli et Heisenberg, écrit Manjit Kumar, accusèrent la théorie des variables cachées de Bohm d’être métaphysique et idéologique ».

Et cependant …

… notre constitution cérébrale et plus particulièrement corticale ne serait-elle pas la réalité physique, ontologique … existentielle qui rythmerait nos capacités d’interrogation, donc de nos pensées et qui réverbérerait ainsi dans l’infiniment petit de ses puissances de captation d’information, les immensités cosmiques qu’elle enregistre ?

Pour Bell « Si les variables ont un sens physique, elles sont susceptibles de se manifester par un effet (effet que nous ne connaissons pas encore) » souligne l’article.

Comment ne pas penser que tout plan référentiel est issu des possibles dispositions qui sont celles des acquisitions cérébrales et des cycles qui s’y inscrivent.

Cycles qui concernent le déroulement de la phrase inspirée de l’écrivain ou de l'équation intuitée du physicien, aussi bien que le développement des cycles civilisationnels et leurs dépôts culturels et cultuels.

Cela peut-il faire écho avec la recherche de « sous-bassement architectonique de la théorie » mots d’Einstein lors de ses échanges épistolaires avec De Broglie où il rajoutait : « Et c’est en fait, par la voie de la recherche d’un principe purement formel fondé sur la conviction que les lois de la nature ont la plus grande simplicité, logique imaginable ».

Devons-nous prendre conscience qu’un « territoire-source » est inscrit dans nos dispositions corticales ?

Par quelles étapes, par quels réseaux « ça s’alchimise » ? Sentiments et émotions ne sont pas conviés à cette méditation questionnante : d’où sont pensés et élaborés les concepts ?

« L’objet quantique est sans doute construit avec plusieurs plans de coupes, plusieurs facettes » Mioara Schächter.  

 Cet « objet-quantique-de-toutes-les-aspirations »  réfléchirait-il, reflèterait-il, réverbérerait-il, lui-même, la structure corticale à 6 niveaux et 10 strates. Chacun des niveaux corticaux réalisant une captation effective et compétente dans sa structure cellulaire.  

L’information qui s’y raffine suivant le génie de la strate est ensuite encodée. A chaque épaisseur du néocortex correspond un génie structurel.

C’est ainsi que s’effectue toute traversée des informations qui s’implantent dans le cerveau, fut-il du Monde.

Être humain, c’est-à-dire vivant-parlant, n’est-ce pas être dans la conscience, grâce à la vigilance de notre système cérébral, de notre être responsable qui traduit et restitue le génie des fulgurances qui le traversent ?

« […] conversion que vit parfois le scientifique quand il comprend que ce qu’il voit, analyse et mesure n’est pas le Réel et qu’il se retourne vers la source de la science et de la connaissance, c’est-à-dire vers lui-même et l’être – le Vivant qui le rend capable de science et de connaissance »  Jean-Yves Leloup  «  Les portes de la transfiguration ».