« La collapsologie est l’exercice transdisciplinaire d’étude d’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux scientifiques reconnus »

              Pablo Servigne et Raphaël Stevens

 La collapsologie, née au confluent transdisciplinaire d’études sur la violence du dérèglement  climatique, établit sans concession l’urgence d’un changement de vision sur notre seul refuge qu’est le monde terrestre.

Raison et intuition sont ici convoquées afin que leur union puisse collaborer à l’amplitude d’une vraie lucidité.

« Collapso » de Collapsus du latin collabor, lapsus sum, labi : de cum labor : tomber avec ou en même temps. « Collapso » ouvre sur le verbe : collaboro, collaborare : travailler de concert.

« Logie » : logos : logique… mais aussi  relation et mise en paroles.

 «  Il semble que toute connaissance apparaisse comme une logique » souligne Guillaume Badoual, professeur de philosophie.

Nous sommes dans le temps où la lucidité exige de mettre le phare sur nos petits arrangements avec la mort.

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil » René Char.

L’aspect exsangue, à bout de souffle et fiévreux de notre espace vital  terrestre est dénoncé. Il en ressort aussi  notre peu de compréhension face à l’exploitation mortifère de l’organisme vivant qu’est la Terre.

Dans la cosmogénèse, La Terre, organisme animée par des étapes de formation, n’est-elle pas à considérer aussi comme un cerveau qui aurait calculé et enregistré ses étapes de constitution ?

N’est-elle pas, la Terre,  le premier organisme à engendrer et à célébrer la puissance systémique de l’organisation du vivant ?

 

L’entropie dévastatrice qu’elle endure ne peut plus être maitrisée par la seule bonne volonté.

Quelle serait donc la logique prônée par la collapsologie ?

Pablo Servigne et Raphaël  Stevens  en penseurs lucides , en appellent au  recours à « la raison et à l’intuition tout en s’appuyant sur les travaux scientifiques reconnus ».

Des solutions  de type scientifique sont-elles à même de stopper la mécanique infernale ?

Peut-on envisager l’ampleur de la catastrophe et vouloir générer les solutions pour la stopper, à partir de l’assise cérébrale sollicitée (hémisphère gauche) qui l’aurait  elle-même créée par les fascinations qu’elle développe pour satisfaire son besoin de dépassement des limites ?

Comment élaborer des solutions à partir de l’assise cérébrale matérialisante  puisqu’elle est, elle-même, la branche qui a généré l’exploitation des ressources jusqu’à l’inanition et l’envahissement délétère de l’espace de respiration ?

Toute investigation et recherche de solution raisonnable n’empruntent-elles pas les réseaux habilités à la quête de performance, ce qui est le propre de l’hémisphère gauche ?

Le rôle de cet hémisphère gauche hypertrophié car sollicité outrancièrement est nommé hémisphère « qui Fait » par Dominique Aubier.

La fonction cérébrale de cet hémisphère évacue de son champ de perception, tous les phénomènes qu’elle juge symboliques, ésotériques, faute d’en avoir les clés de compréhension. Elle met son inventivité au service exclusif d’une dominance de la pensée qui se veut objective et méthodique.

Les concepts scientifiques souverains  appartiennent à la voie de la pensée qui est, elle-même, à l’origine de la mise à l’écart des approches traditionnelles primordiales, autre forme de la Science des humains.

Ainsi René Guénon démontre que l’ère matérialiste qui a gagné pratiquement toute la surface de la terre a fait naître une « anomalie » tant elle s’est éloignée de la source métaphysique de toute conception qu’elle produit.

La contemplation des lois de la nature et des perceptions subtiles du Réel sont devenues l’activité du poète.

L’urgence d’union de la déduction et de l’intuition ne peut pas être pensée avec les outils rationalistes qui ont été forgés sur un socle, où seule la raison est promue et exclut toute forme de vision holistique.

Et pourtant, l’approche quantique, holistique,  nous a sensibilisés à l’interaction des liens quintessenciés qui soutiennent le Réel.

La connaissance directe et globalisante que détiennent certaines ethnies n’est-elle pas aussi un réfléchissement des grands principes qui régissent l’Univers ? (Voir « Le serpent cosmique » Jérémy Narby)

Dominique Aubier, penseur visionnaire, n’a eu de cesse, de vouloir transmettre l’outil qui permet de comprendre, combien, dans la nature, l’enceinte qui n’a plus d’inventions à concrétiser pour l’établissement incorporé de la conscience, s’arrête. Ainsi, dit-elle, l’humain n’est pas programmé comme un insecte et doit prendre conscience des processus et des procédures cycliques.  

L’aspect cyclique est un archétype qui se conclut lui-même par un autre archétype : le « Stop ». Il est à marquer.

Il concerne aussi bien l’histoire de l’individu, que de l’histoire des nations et que l’histoire de l’humanité.

« Le Stop est parfaitement connu des initiés, écrit Dominique Aubier dans « La Face cachée du cerveau ». C’est de cet arrêt  que parle don Juan lorsqu’il enseigne à son disciple (Carlos Castaneda) la nécessité de Stopper-le-monde. Il veut dire qu’en un point précis de toute histoire vécue, la fin s’inscrit dans la fibre chronologique et marque l’achèvement de sa séquence événementielle. Toute l’Histoire qu’elle soit nationale, civilisatrice, planétaire ou individuelle s’inscrit dans la sphère d’une unité cyclique et enregistre l’arrêt de sa séquence ».

Ce discernement des forces à mettre en œuvre n’appartient plus au seul domaine scientifique. Pour ce faire il est important qu’une autre forme de gouvernance de soi et du monde soit atteinte et pratiquée.

Comment discerner l’assujettissement totalement nocif à l’éclosion de la conscience, que des groupes de pression font subir au monde entier en détournant l’information à leur seul profit ? Ces influenceurs ne pensent pas le global, mais seulement l’accroissement de leur impérialisme. Ils créent ainsi une vraie dérive vers des zones invivables, où leur seul promontoire est celui de leur puissance de diffusion mondialisée.  « Primum non nocere »,  d’abord ne pas nuire…à leurs intérêts.

L’aspect dévastateur du quantitatif y est patent. 

Où peut se développer la vraie vision ?

La fin de ce cycle civilisateur chancelant n’est-elle que pur effondrement ou bien le signe d’un phénomène d’apoptose qui se rétablit ?

Du grec ancien ἀπόπτωσις, apóptôsis (« chute des feuilles »). Apoptose : mort cellulaire programmée qui correspond à l’élimination de certains tissus pour façonner le cerveau ou encore les doigts.

Le dérèglement de cette autodestruction cellulaire régie par un signal qui en engendre le programme, pourrait jouer un rôle pernicieux dans de nombreuses maladies.

L’effondrement vu comme un phénomène d’apoptose répondrait à un signal d’élimination de toutes les incompétences de vie qui deviennent nuisibles au processus vital informé dont la terre est la garante.

Renouveau vital.

La Terre, corps céleste, pourrait être pensée comme une cellule nerveuse recevant son information d’un ultra « Cerveau-Vibrant » dont une partie reste mystérieuse et invisible tandis que l’autre est exprimée dans l’immense univers physique dont nous sommes des passagers transitoires.

 La Terre, par effet  de miroir réflexif et dans sa mission de relais, prendrait en copie un fonctionnement sur deux hémisphères distincts et pourtant symétriques et complémentaires.  

C’est ainsi que le rôle premier de la Terre aurait été de conscientiser les puissances vitales qui en maintiennent le projet.

La Terre a tenu son rôle. Elle a engendré les cycles, minéral, végétal, animal  qui préparaient le surgissement d’un Cerveau d’humain capable d’articuler des sons concentrant des puissances intentionnelles. Se faire entendre.

 Les civilisations sont-elles nées ainsi d’une agrégation d’intentions ?

« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »  Louis Aragon

Le lâcher-prise requis est de décramponner le « main-tenir » de notre main-mise sur l’exploitation éhontée des ressources et des poisons que nous concevons.

Est-il encore temps de convoquer une autre forme d’approche : celle qui porte le sentiment de totalité, d’appartenance et de lien qu'a ouvert l'approche quantique ?

Nous sommes totalement concernés par l’échange depuis que notre conscience a capté que nous, en tant qu’observateurs nous agissons sur la chose observée. Responsabilité.

 N’y aurait-il pas un vrai « malentendu systémique » où les fonctions organiques de notre cerveau n’auraient jamais été prises en compte dans leur mission de pilotage du Réel.

Nietzsche écrit : « Derrière les suprêmes jugements de valeur par qui l’histoire de la pensée avait été dirigée jusqu’à maintenant, se dissimulent des malentendus en matière de constitution physique » plus loin il se demande si «  […] la philosophie n’aurait pas été jusqu’alors une exégèse du corps et un malentendu à propos du corps ».

Toute philosophie, toute recherche n’est-elle pas une exégèse du pilote cérébral, bassin de notre pensée. Notre perdition n’est-elle pas le fruit de l’ignorance du réfléchissement des lois universelles dont il est le capteur ?

Pablo Servigne et Raphaël Stevens disent « La structure de nos connexions neuronales ne nous permet pas d’envisager facilement des évènements de si grande ampleur ».

Pourtant, l’ampleur pourrait être intuitée par une transition menant vers l’hémisphère droit, nommé « Qui sait » par Dominique Aubier, dont le rôle est sans doute d’ouvrir à une vision holistique et coopérative ?